La bataille de l'abstention
Publié le 15 mars 2010 - 09:10
À qui appartiennent les abstentionnistes ? Voilà la question un peu puérile qui a dominé les débats de l'après-premier tour des régionales hier soir. Certes, la désertion des urnes est un fléau démocratique, mais de là à s'en servir pour chercher à disqualifier le vote de ce dimanche, il y a un pas que l'UMP a franchi très abusivement. Faut-il rappeler cette lapalissade ? Une élection se gagne avec les voix de ceux qui votent ! Lors des dernières européennes, une abstention déjà élevée n'avait pas empêché l'UMP de crier victoire (à juste titre). Alors, hier, Xavier Bertrand, patron de l'UMP, aurait mieux fait de... s'abstenir. Si le parti des abstentionnistes est hélas le premier parti de France, l'UMP et ses alliés, devancés par le PS au plan national, sont les incontestables grands battus du premier tour. Comment se réjouiraient-ils de la renaissance du Front national, que Nicolas Sarkozy se vantait d'avoir rayé de la carte, et qui va brouiller le jeu dans plusieurs triangulaires ? Comment se réjouiraient-ils de la « croissance durable » d'Europe Écologie, troisième parti de France, placé en position de force pour un « accord exigeant » avec le PS ? La dynamique de la victoire engendrera-t-elle une union à gauche que la droite brocarde sans doute à tort ? Une « rebipolarisation » du paysage politique pourrait en résulter, au grand dam d'un Bayrou qui ne représente plus que lui-même. Pas de doute : l'entre-deux tours s'annonce autrement plus passionnant que la première partie de campagne. N'en déplaise à Nicolas Sarkozy : à scrutin régional, conséquences... incalculables !
Jacques Camus