En pleine politique fiction
Publié le 10 mars 2010 - 09:10
Pour un peu, on y perdrait son latin. S’agira-t-il, les 14 et 21 mars prochains, de désigner les futurs exécutifs régionaux ou bien d’élire un Premier ministre ? Le peu d’impact de la campagne des régionales a conduit les analystes politiques à enjamber allègrement les deux tours et à spéculer sur l’avenir de François Fillon. Pour les uns, il pourrait être remplacé à Matignon en cas d’échec sévère de l’UMP. Pour les autres, son maintien serait indispensable à l’équilibre de l’exécutif, quel que soit le cas de figure. Bien plus, certains le voient en présidentiable. .. dès 2012. Avouons que ces supputations frisent le ridicule. Elles sont malheureusement la marque d’une époque où la politique-fiction se substitue à la politique du réel. La « bulle médiatique Fillon », passé du statut de « collaborateur » à celui de tuteur, ne cesse donc de grossir. Au point qu’hier soir le Premier ministre est venu (peut-être sur ordre ?) dans le journal de France 2 pour tenter de la dégonfler. Pas sûr qu’il y soit parvenu malgré la réaffirmation impeccable de sa loyauté envers le chef de l’État. Et l’on ne saurait lui en tenir rigueur. Quel contraste frappant, en effet, entre la diffusion à quelques minutes d’intervalle, des images d’un Nicolas Sarkozy transformé en bateleur électoral à Pontarlier et celle d’un François Fillon affichant doctement sa détermination à tenir le cap sur le plateau du JT. Il y avait bel et bien, au-delà de tout fantasme journalistique, une véritable inversion des rôles. Alors, faut-il accabler les médias quand la réalité se met ainsi à rattraper la fiction ?
Jacques Camus